Biographie

Champollion

Jean-François Champollion dit Champollion le Jeune (né le 23 décembre 1790 à Figeac, dans le Lot et mort le 4 mars 1832 à Paris), est un égyptologue français. Déchiffreur des hiéroglyphes, il est considéré comme le père de l'égyptologie.

Il disait de lui-même : « Je suis tout à l'Égypte, elle est tout pour moi ».

Enfance

Origine

Du côté paternel, Jean-François, dit le Jeune, appartenait à une famille du Valbonnais originaire de Valjouffrey (Isère), village habité par des paysans qui parcouraient la région comme colporteurs durant l’hiver. Ses grand-parents, Barthélémy Champollion, né en 1694 à Valjouffrey, qui ne savait pas signer, et Marie Géréoud ou Géroux, née en 1709 à Valbonnais, se marièrent à Valbonnais en 1727. Ils eurent cinq enfants dont Jacques, né le 10 février 1744 à La-Roche-des-Engelas (aujourd'hui hameau de Valbonnais), qui fut expulsé de son hameau natal pour des causes peut-être politiques et dut sillonner la France avant de s’installer à Figeac sans doute invité par un cousin chanoine de la basilique Saint-Sauveur. Il y épousa le 23janvier 1773 Jeanne-Françoise Gualieu, d’une famille de bourgeois de cette ville ; il put acheter en 1772 une maison et en 1779 une boutique de libraire sur la place Basse ainsi qu’une nouvelle maison qui deviendra le musée Champollion. Il eut huit enfants de sa femme : Guillaume, mort à la naissance (octobre 1773), Thérèse née un an après, Pétronille en 1776, Jacques-Joseph le 8 octobre 1778, Jean-Baptiste mort à trois ans et Marie-Jeanne en 1782

Naissance et petite enfance

Une étrange histoire qui court sur la naissance de Champollion nous raconte que la mère de Champollion, affectée de rhumatisme qui l’empêchait de se mouvoir, fut guérie par un paysan qui lui promit, alors qu’elle avait 48 ans, la naissance d’un fils. En effet Champollion nait un an après ces faits, le 23 décembre 1790 à Figeac et est baptisé le soir même. La révolution fait alors rage à Figeac et le père de Champollion est plutôt dans la mouvance jacobine même s’il est douteux qu’il soit secrétaire de police.

Il est élevé principalement par son frère, mais celui-ci part à Grenoble en juillet 1798. Il entre à l’école en novembre de la même année. Il a de très grandes difficultés en mathématiques et en orthographe (qui ne se corrigera que bien plus tard…) et a un très mauvais caractère qui lui donne beaucoup de difficultés. Il a un précepteur, l’abbé Jean-Joseph Calmels, qui l’ouvre à la culture et lui enseigne des rudiments de latin, de grec et d’histoire naturelle et son grand frère s’occupe encore de lui malgré les distances par une abondante correspondance.

Une éducation dirigée par son frère

Fin mars 1801, il part de Figeac pour arriver à Grenoble le 27 mars 1801 quittant sa famille pour rejoindre son frère Jacques-Joseph qui dirige son éducation. En effet, son grand frère commence par lui donner lui-même des cours.

La tâche étant trop lourde, il décide de confier son élève à l'abbé Dussert, pédagogue réputé de Grenoble. Champollion est son élève de novembre 1802 aux vacances d’été de 1804. Ses cours se passent alors pour les lettres auprès de l’abbé et pour le reste à l’école centrale de Grenoble. L’abbé lui enseigne le latin et le grec, et il peut aborder l’étude de l'hébreu et acquérir des rudiments d'arabe, de syriaque et de chaldéen, encouragé en cela par l’abbé. Il est en effet très motivé pour ces études.

En mars 1804, il est admis avec une bourse au lycée impérial de Grenoble (actuel lycée Stendhal) après en avoir brillamment passé le concours devant les commissaires Villars et Lefèvre-Gineau. Il le fréquente jusqu'en août 1807. Sa mère meurt lors de la même année. Il a pour maître l’abbé Claude-Marie Gattel, qui l’aide dans son apprentissage linguistique, et le botaniste Dominique Villars. Il y est très malheureux car il se plie mal à la discipline presque militaire du lycée, même s’il exerce souvent la fonction de « caporal », qui consiste à surveiller les autres élèves, et il est gêné par le peu de richesse que possède son frère, à qui il devait tout demander. Son horreur du lycée culmine vers 1807 lors de « l’affaire Wangelis », du nom de son seul ami de lycée, de qui on le sépare de force. Il y étudie, à côté des mathématiques et du latin, les deux grandes disciplines du Lycée, les langues anciennes, pour lesquelles il se passionne, grâce à de nombreuses lectures fournies par son frère, comme le relate sa correspondance. Il crée aussi une « Académie des Muses » avec d’autres élèves, pour débattre de littérature, et est conduit à commenter un passage de la Genèse en hébreu devant le préfet Joseph Fourier. Il rencontre alors peut-être Dom Raphaël de Monachis, moine grec proche de Bonaparte ayant participé à l’expédition d’Égypte, par l’intermédiaire de Fourier, et il est probable que celui-ci lui démontre que le copte vient de l’égyptien ancien. Il veut alors s’engager dans l’étude de cette langue, mais il ne peut le faire, Grenoble offrant trop peu de ressources. C’est à cette époque que naît sa passion pour les hiéroglyphes égyptiens. Il écrit en janvier 1806 une lettre à ses parents :

« Je veux faire de cette antique nation une étude approfondie et continuelle. L’enthousiasme où la description de leurs monuments énormes m’a porté, l’admiration dont m’ont rempli leur puissance et leurs connaissances, vont s’accroître par les nouvelles notions que j’acquerrai. De tous les peuples que j’aime le mieux, je vous avouerai qu’aucun ne balance les Égyptiens dans mon cœur. »

Il travaille beaucoup, rédige quelques opuscules comme un « Dictionnaire géographique de l’orient », un « commentaire sur Isaïe »… Pour continuer ses études, il veut partir pour Paris, Grenoble limitant les possibilités de recevoir un enseignement très spécialisé. Jacques-Joseph part d’août à septembre 1806 à Paris pour chercher à obtenir l’admission de son frère dans un établissement spécialisé. Le 1er septembre 1807, il présente à l’Académie des sciences et des Arts de Grenoble un Essai de description géographique de l’Égypte avant la conquête de Cambyse, obtient un grand succès et en devient membre correspondant.

Les études

Le 13 septembre 1807, après soixante-dix heures de voyage en diligence, il arrive enfin dans la capitale pour étudier, entre autres, le copte et l’amharique. Il obtient une petite bourse mais vit chichement. En effet, la bourse n’est pas suffisante pour subvenir à ses besoins, et son frère doit lui payer sa chambre et sa nourriture. Il suit les cours de langues orientales au Collège de France, et plus particulièrement ceux d’arabe par Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, de persan par Louis Langlès et d’hébreu par Prosper Audran. Il assiste aussi à ceux de l’École des langues orientales dans les mêmes matières et fréquente la Bibliothèque impériale. Il se lie avec Aubin-Louis Millin, conservateur du cabinet des antiques qui lui enseigne la numismatique, avec Prosper Audran qui ira même jusqu’à lui confier son cours au Collège de France lors de ses absences, et avec Dom Raphaël de Monachis qui lui fait connaitre un prêtre égyptien, Geha Cheftitchi, qui lui apprend le copte. Il est si doué qu’en décembre, un homme nommé Id Saouda le prend pour un Arabe. Voici son emploi du temps tel qu’il l’explique à son frère le 27 décembre 1807 :

« Le lundi, à huit heures et quart, je pars pour le Collège de France, où j’arrive à neuf heures : tu sais qu’il y a beaucoup de chemin : c’est place Cambrai près le Panthéon. À neuf heures, je suis le cours de persan de M. de Sacy, jusqu’à dix. En sortant du cours de persan, comme celui d’hébreu, de syriaque et de chaldéen se fait à midi, je vais de suite chez M. Audran, qui m’a proposé de me garder chez lui les lundis, mercredis et vendredis, depuis dix heures jusqu’à midi. Il reste dans l’intérieur du Collège de France. Nous passons ces deux heures à causer langues orientales, à traduire de l’hébreu, du syriaque, du chaldéen ou de l’arabe. Nous consacrons toujours une demi-heure à travailler à sa « Grammaire chaldéenne et syriaque ». À midi, nous descendons et il fait son cours d’hébreu. Il m’appelle le « patriarche de la classe », parce que je suis le plus fort. En sortant de ce cours, à une heure, je traverse tout Paris, et je vais à l’École spéciale suivre à deux heures le cours de M. Langlès, qui me donne des soins particuliers. Le mardi je vais au cours de M. de Sacy à une heure à l’École spéciale. Le mercredi je vais au Collège de France à neuf heures. À dix heures je monte chez M. Audran. À midi, je vais à son cours. À une heure, je vais à l’École spéciale pour (deux heures) le cours de M. Langlès ; et le soir, à cinq heures je suis celui de Dom Raphaël, qui nous fait traduire les fables de La Fontaine en arabe. Le jeudi à une heure, le cours de M. de Sacy. Le vendredi je vais comme le lundi au Collège de France, et chez M. Audran. Le samedi, chez M. Langlès à deux heures. Je voulais aussi suivre le cours de turc chez M. Jaubert qui est excellent ; mais comme cela me fatiguait trop de courir tant, j’ai remis cette fatigue à l’année prochaine. »

Il arrive, grâce à l’abbé de Tersan, un collectionneur, à obtenir une copie de la pierre de Rosette, mais préfère étudier d’abord des papyrus en écritures cursives. Il découvre en 1808 le principe de ligatures (regroupement) des signes. Il postule alors, sur des analogies avec l'un des dialectes coptes, l'absence de voyelles dans l'écriture égyptienne et obtient le 15 août 1808, comme il l’explique dans une lettre à son frère, ses premières conclusions :

« J’ai fait un assez grand pas dans cette étude : 1° j’ai prouvé par des rapprochements que tous les papyrus appartiennent à un même système d’écriture – 2° que j’ai la valeur de toutes les lettres par l’inscription de Rosette qu’elles sont absolument les mêmes – 3° que j’ai déchiffré le commencement du papyrus gravé dans Denon, planche 138 […] qui en copte veut dire mot pour mot : « Dis : repose en paix, ô Égyptien, remplis ta dernière destination, échappe aux Ténèbres du tombeau et de la mort. » »

Mais il s’attarde sur l’histoire étrusque. Il écrit en effet : « Les Étrusques m’occupent en ce moment, langue, médailles, pierres gravées, monuments, sarcophages, tout se grave dans ma tête ; et pourquoi ? parce que les Étrusques viennent de l'Égypte. » Mais son frère le rappelle à l’ordre : « Étudie donc une chose au lieu de divaguer sur tous les coins du monde et d’effleurer la matière ». Il se remet à ses études craignant qu’Étienne Quatremère déchiffre les hiéroglyphes avant lui dans ses Recherches critiques et historiques sur la langue égyptienne, publiées en juin 1809. Au printemps 1809, il se met à rédiger une grammaire copte et étudie le texte démotique de la pierre de Rosette. Il fait « table rase » des précédentes tentatives de déchiffrement des hiéroglyphes: il dit en effet des membres de la Commission d’Égypte que « leurs explications ne sont justement que de l’eau de boudin… », et se lance dans de grandes diatribes contre les autres chercheurs : « Tout ce qu’ont dit sur les obélisques les Kircher, Jablonsky, Warburton, etc., ne sert qu’à y prouver qu’on n’y entend rien et qu’on n’y entendra jamais rien ». Lors de l’été 1809, il commence une grammaire du « langage thébain-sahidique », celui de la communauté copte de la région de Saïd. Il écrit en effet à son frère en mars ou avril 1809 :

« Je me livre entièrement au kopte. […] Je veux savoir l'égyptien comme mon français parce que sur cette langue sera basé mon grand travail sur les papyrus égyptiens. […] Je ne fais que du kopte, égyptien. […] J’ai fait 1) une grammaire thébaine saïdique (la seule qui existe). 2) une memphitique. 3) la concordance des deux dialectes. 4) J’ai transcrit la grammaire saïdique en arabe, d’un manuscrit copte. 5) J’ai copié les textes. 6) J’ai fait la lettre "A" d’un dictionnaire saïdique. 7) J’ai parachevé sept lettres d’un dictionnaire memphitique par racines. »

Après avoir longuement étudié la Bible, il critique « les juifs ignorants et superstitieux qui veulent soutenir que le bon père Abraham et les prêtres hébreux ont appris les quatre règles de l’arithmétique et tous les arts aux Égyptiens ». Il continue de travailler à essayer de déchiffrer le texte démotique de la pierre de Rosette. Mais la tâche n’est pas de tout repos et il butte sur de nombreux obstacles. Sa lettre à son frère du 17 juin 1809 en est un bon exemple :

« La tentative sur le texte égyptien n’a produit aucun résultat… Les noms propres que j’ai lus comme Äkerblad (quoique différant sur la manière de dégrouper les lettres simples) ne sont point en exacte concordance avec le texte grec… Ainsi la marche que tu m'as indiquée n’est point praticable, puisqu’elle est basée sur l’entière conformité des textes grec et égyptien… »

Il aime deux personnes durant cette période. D’abord Pauline Berriat, la sœur de la femme de son frère, d’octobre 1807 à l’automne 1808 puis Louise Deschamps, femme d’un fonctionnaire beaucoup plus âgé qu’elle, de l’automne 1808 jusqu’à son départ pour Grenoble en 1809.

Professeur

En juillet 1809, il est nommé, à 18 ans, professeur-adjoint d'histoire à l'université de Grenoble, grâce à l’influence de Jean-Pierre Louis de Fontanes, Grand Maître de l’Université impériale, et son frère professeur de grec et bibliothécaire-adjoint de la ville. Il rentre à Grenoble le 15 octobre 1809 pour prendre possession de son poste. L’année suivante, ils sont tous deux nommés docteur ès lettres par décret impérial, ce diplôme correspondant à la charge de professeur. Le 30 mai 1810, il prononce la leçon inaugurale de son cours où il dénonce la complaisance des historiens face à l’autorité :

« la tendance naturelle qui vient à l’esprit de l’homme est de juger les événements d’après leurs résultats [menant] à faire l’éloge d’une coupable entreprise […] couronnée par le succès. […] Cette manière d’apprécier les faits est une suite naturelle de cette lâche et criminelle complaisance née de l’oubli des principes, qui trouvent la justice là où elle voit le triomphe. Cette servilité est de tous les temps et de tous les lieux… »

Les frères Champollion se consacrent aussi à la bibliothèque dont Jacques-Joseph est bibliothécaire et aux Annales du département de l’Isère, où Jean-François publie des articles sur l’antiquité. Ils sont familiers de Joseph Fourier et ils animent les soirées de l’hôtel de Lesdiguières au côté des grands Grenoblois.

Il continue ses travaux égyptologiques, aidé par l’abbé Claude-Marie Gattel qui fut le premier à soutenir, en 1801, que les hiéroglyphes possèdent un « alphabet ». Le 7août 1810, dans une communication à l’Académie Delphinale intitulée l’« Écriture des Égyptiens », il décrète que le démotique est une simplification des hiéroglyphes, et à partir de cela prouve que le démotique est une écriture alphabétique de vingt-cinq lettres et les hiéroglyphes une écriture pouvant soit exprimer des sons ou syllabes (phonogrammes) soit des « symboles » ou idées (idéogrammes). Il précise ensuite que « toutes les monosyllabes avaient une valeur déterminée », c’est-à-dire qu’à un signe correspondait un son déterminé. Partant de ce postulat, et de l’antériorité du démotique sur les autres écritures, il propose cette hypothèse, qui s’avèrera erronée :

« Il en résulte de ce que nous avons dit que des quatre écritures des Égyptiens, l’une servait aux usages vulgaires et était employée dans le commerce, la seconde, hiérogrammatique, servait à écrire les liturgies […] et était entendue par la classe instruite du peuple ainsi que la hiéroglyphique qui n’était à proprement parler que l’écriture des monuments. La véritable écriture sacerdotale qui n’était comprise que par les prêtres, était la symbolique dont ils ne communiquaient la pratique qu’aux initiés et aux premières classes de l’État. »

Il est en concurrence avec Étienne Quatremère qui allait publier un Mémoire historique et géographique sur l’Égypte s’opposant à l’Égypte sous les pharaons que préparait Champollion. Pour contrer Quatremère, il publie la préface de son ouvrage le 1er mars 1811, mais malgré tout après son concurrent, il remporte néanmoins un grand succès auprès notamment d'Edme François Jomard, directeur de la Description de l'Égypte. Il continue le déchiffrement et écrit à son ami Antoine-Jean Saint-Martin, le 15 octobre 1812 :

« Ma grammaire égyptienne n’est point encore rédigée mais le plan est complet. […] J’ai tellement analysé la langue copte ou égyptienne que je me fais fort d’enseigner la grammaire à quelqu’un dans un seul jour. […] Je commencerai par prouver que les mots de deux syllabes sont des mots composés de deux autres. Cette analyse complète de la langue égyptienne me donne incontestablement le fond du système hiéroglyphique et je le prouverai. »

Cinq mois plus tard, après avoir compté le nombre de signes sur la pierre de Rosette (486 mots grecs pour 1519 hiéroglyphes), il émet l'idée que les signes peuvent être des idéogrammes (exprimant une idée) et des phonogrammes (exprimant un son, comme pour la transcription de noms étrangers). Il explicite sa théorie :

« … dans les hiéroglyphes il y a deux sortes de signes : 1) Six signes alphabétiques 2) Un nombre […] déterminé d’imitations d’objets naturels »

En 1812, il établit une chronologie des écritures, les cursives (hiératique et démotique) étant une version simplifiée et postérieure aux hiéroglyphes. Il découvre aussi que les vases canopes servent à conserver les viscères en découvrant un morceau momifié dans un des vases canopes de la bibliothèque de Grenoble. Il en déduit aussi que si les vases ont des têtes d’animaux, ils sont donc liés au jugement des âmes.

Les troubles politiques

Les Champollion vivent bien la première Restauration et Jacques-Joseph reçoit l’ordre du Lys. Jean-François publie son Égypte sous les pharaons en août 1814 qu’il dédicace à Louis XVIII. Il tombe aussi amoureux de Rose dit Rosine Blanc, fille d’une riche famille de gantiers. Lors des Cent Jours, Napoléon, de passage à Grenoble prend Jacques-Joseph comme secrétaire, ce qui permet à Jean-François d’obtenir la possibilité de faire imprimer son futur Dictionnaire de la langue copte aux frais du gouvernement. Jacques-Joseph suit Napoléon à Paris où il reçoit la légion d’Honneur tandis que Jean-François, à la direction des Annales de l’Isère, soutient le régime dans ses orientations libérales, qui culminent dans son article du 18 juin 1815, où il proclame : « Napoléon est notre seul prince légitime ». À la chute de Napoléon, son dictionnaire est refusé par l’Académie le 17 juillet 1815. Il est destitué de sa charge de directeur des Annales de l’Isère, placé « sous surveillance immédiate » le 28 juillet 1815, la Faculté de lettres est supprimée le 18 janvier 1816. Enfin, en raison de ses opinions bonapartistes, il doit avec son frère partir en exil à Figeac, le 18 mars 1816.

À Figeac

Arrivés le 2 avril 1816 à Figeac, les deux frères Champollion s’établissent dans la maison de leur père. Mais celui-ci était devenu ivrogne pendant leur absence, et ses affaires périclitaient. N’ayant rien pu emporter de Grenoble, les deux frères s’y ennuient et Jacques-Joseph tente vainement d’obtenir leur amnistie. Il s’amuse dans les salons de Figeac, écrit des poèmes et des satyres politiques. Il soutient son frère, accusé de malversation dans sa charge de bibliothécaire, ce qui lui vaudra d’être destitué. À partir de juin 1816, ils recherchent le site de l’oppidum d’Uxellodunum, qu’ils identifient comme étant l’actuelle Capdenac. Ils implantent à Figeac l'École mutuelle de Joseph Lancaster, un système d'enseignement primaire basé sur le monitorat, les plus grands enseignant aux plus petits et, après leur départ, continuent à soutenir cette initiative. Le 29 novembre 1816, Jacques-Joseph est autorisé à retourner à Grenoble grâce à ses amis parisiens, mais Jean-François doit attendre le 14 janvier 1817. L’aîné part à Paris en avril et le cadet reste à Figeac pour régler les dettes de son père. Il travaille son dictionnaire copte et fait venir en juillet son matériel de déchiffrement et continue sa tâche.

Retour à Grenoble

Il rentre enfin à Grenoble le 21 octobre 1817. Il est accueilli chaleureusement par ses amis libéraux, le climat de répression ayant cessé avec le temps. Il devient « homme de confiance » du préfet François Chopin d’Arnouville, élève le fils aîné de Jacques-Joseph, Ali, âgé de neuf ans, et implante une école d’enseignement mutuel à Grenoble, malgré l’opposition du clergé local. Pendant ce temps, son frère se lie d’amitié avec Bon-Joseph Dacier, secrétaire perpétuel de l’Institut de France, mais ne réussit pas à se faire élire membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dont il était déjà membre correspondant. Jean-François continue aussi son travail de déchiffreur et fait un bilan de son travail dans cette lettre à son frère du 7 avril 1818 :

« Il n’y a dans mon affaire ni charlatanisme ni mysticité ; tout est le résultat d’une comparaison et non d’un système fait par avance. J’ai déjà retrouvé des articles, la formation des pluriels et quelques conjonctions, mais cela ne suffit point pour déterminer de sitôt le système de cette écriture. »

Le 18 juin 1818, il réintègre sa fonction de bibliothécaire et communique le 24 juillet son mémoire sur Quelques hiéroglyphes de la Pierre de Rosette présentant les résultats de ses travaux sur la stèle à l’Académie delphinale, sans grand succès. Il arrive enfin à épouser le 30 décembre 1818 à Grenoble Rose Blanc qu’il aimait depuis longtemps malgré l’opposition de son frère. Le renvoi du Gouvernement Decazes voit un retour des ultras à Grenoble. En septembre, il écrit une brochure intitulée Attention ! contre ces derniers. En 1819, il est persuadé, après l'observation des papyri du livre des morts, que le hiératique est une simplification des hiéroglyphes. Le 20 mars 1821, il prend part à une insurrection à Grenoble où il aurait peut-être même remplacé le drapeau blanc du fort Rabot par un drapeau tricolore. Grâce à ses amis, il évite la cour martiale et est jugé par le tribunal local qui l’acquitte en juin. Mais, chassé de la bibliothèque par le préfet, il préfère quitter Grenoble le 11 juillet 1821.

Déchiffrement des hiéroglyphes

À partir de 1821, il déchiffre les premiers cartouches royaux, dont celui de Ptolémée V sur la pierre de Rosette, puis celui de Cléopâtre sur la base d'un obélisque et sur un papyrus bilingue. Un ami, l’architecte Jean-Nicolas Huyot, ayant envoyé des documents au jeune Champollion, ce dernier y repère dans un cartouche le signe solaire de Râ (Rê), un autre signe qu'il savait être MS et deux S : RâMSS, donc Ramsès, ce qui en même temps signifie « Rê l’a mis au monde ». Idem pour ThôtMS, Thoutmôsis : le 14 septembre 1822, il peut donc aussi lire les noms égyptiens. Le 27 septembre 1822, il écrit la lettre à M. Dacier relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques dans laquelle il fait part de sa découverte d'un système de déchiffrement des hiéroglyphes :
« C'est un système complexe, une écriture tout à la fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans un même mot. »

Il faudra encore deux ans à Champollion pour publier aux frais de l'État son Précis du système hiéroglyphique des anciens Égyptiens et ouvrir les portes de l'égyptologie scientifique. Ses découvertes suscitent cependant controverses et critiques de la part de ses contemporains, notamment de son ancien maître Silvestre de Sacy, pour qui les Hieroglyphica d'Horapollon étaient la bible en la matière et qui le décourage en communiquant des informations à son collègue concurrent Thomas Young. Il obtient aussi de nombreux soutiens, comme Wilhelm von Humboldt ou des proches du roi (duc de Blacas, vicomte de La Rochefoucauld).

En 1822, il montre que le zodiaque de Dendérah, que l'on croyait à l'époque dater du Nouvel Empire, est en réalité d'environ -50. La datation n'étant pas antérieure à l'époque supposée du déluge biblique, il est félicité par le pape qui lui propose le chapeau de cardinal, qu'il refuse. Le pape sollicite alors le roi de France pour qu'il ait la légion d'honneur. En 1824, recommandé, sur l'intervention de son frère Jacques-Joseph, par le prince d'Orléans, il passe plusieurs mois à Turin, où le roi vient d'acquérir la collection égyptienne de l'aventurier Bernardino Drovetti, ex-consul de France en Alexandrie ; il est chargé d'en établir le catalogue).

Il est nommé en 1826 conservateur chargé des collections égyptiennes au musée du Louvre. Il convainc le roi Charles X d'acheter la collection d'Henry Salt, consul britannique en Égypte, puis fait d'autres acquisitions majeures, dont la plus célèbre est celle de l'obélisque de Louxor, qui est couché en août 1834 sur le quai au début du Cours-la-Reine et dressé à Paris, place de la Concorde, le 25 octobre 1836.

De 1828 à 1830, il réalise enfin son rêve : il part pour une mission scientifique en Égypte, où il part avec son collaborateur et ami Ippolito Rosellini, et y recueille de nombreuses données et objets pour vérifier que son système hiéroglyphique fonctionne bien. De retour en France en décembre 1829, il doit subir une quarantaine à Toulon dans un lazaret humide et glacé, ce qui aggrave sa goutte et probablement une bilharziose contractée en Égypte. Il est élu à l'Académie des inscriptions et belles-lettres après la chute de Charles X, et obtient la chaire d'Antiquité égyptienne au Collège de France. Il y donne sa leçon inaugurale en 1831. Cependant, il meurt à Paris le 4 mars 1832, à l'âge de 41 ans, et est enterré selon sa volonté auprès de son ami Joseph Fourier au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.